Michel Vinaver, portrait de l’auteur

Né en 1927 à Paris de parents d’origine russe, Michel Vinaver, de son vrai nom Grimberg, débute sa carrière par deux romans, vivement encouragés par Albert Camus (L’objecteur et Lataume), et une pièce, Les Coréens (1955), commandée d’abord par Gabriel Monnet, mais à laquelle s’intéresseront aussi Roger Planchon, Jean-Marie Serreau et Roland Barthes. Menant parallèlement une carrière de cadre, puis de PDG chez Gillette, groupe industriel ensuite associé à Bic et à Dupont, il place progressivement l’entreprise au centre de son écriture : Par-dessus bord (1969), La Demande d’emploi (1971), Les Travaux et les jours (1977), L’Ordinaire (1983), King (1999)…
A ces thématiques de l’entreprise et de l’emploi jetable, A la renverse (1980) et L’Emission de Télévision (1990) en articulent une autre : la satire de la télé-réalité, joyeusement mis à nu dans toute leur cruauté morbide et dégradante.

Nous l’avons contacté, et il a tenu à nous montrer une page de programme évoquant la création de L’Emission de Télévision en 1990 au théâtre de l’Odéon. Jean-Loup Rivière y écrit : « Le thème le plus obstinément récurrent dans l’oeuvre de Vinaver est certainement « perdre sa place », son poste, son emploi … Cette péripétie ou cette situation est présente dans toutes les pièces. C’est comme une Madone pour Bellini ou la Sainte-Victoire pour Cézanne. On pourrait être tenté d’interpréter le thème, de savoir ce qu’il signifie, ce qu’il veut dire de plus. Mais il ne faut pas faire de la « perte d’emploi » une allégorie, la représentation d’un autre phénomène, historique, social, biographique, métaphysique … C’est plutôt la récurrence du sujet qu’il faut interpréter et non le sujet lui-même. Et avec sa récurrence, l’énigme de l’élection d’un sujet par l’artiste. Car rien dans le sujet ne rendra compte de son élection. Perdre sa place est fâcheux, mais est-ce au point de voir le monde par cette lunette ? C’est comme être cocu chez Molière, la présence contante de ce thème ne se justifie ni par un supposé drame personnel, ni par l’irrésistible vertu comique de la situation. Perdre sa place chez Vinaver, c’est comme être cocu chez Molière. Ce peut être déplaisant jusqu’au drame, mais y a-t-il de quoi en faire une oeuvre ? Visiblement oui. Et on pourrait penser à être aimé chez Racine, être né chez Beckett, être nommé chez Novarina… »

Et Michel Vinaver de préciser : « Je trouve ce texte drôle et beau, outre qu’il est juste. Et je pense qu’il peut être intéressant pour de futurs communicants ou marketeurs« . Aucun hasard, donc, lorsque les étudiants du Celsa jouent L’Emission de Télévision.

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